generateur pdf

Le territoire

Carte du massif de l'Aubrac © Entente Vallée du Lot
Carte du massif de l'Aubrac © Entente Vallée du Lot

L'Aubrac est un haut plateau volcanique et granitique situé au centre du Massif central, aux confins de deux régions (Auvergne / Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées). Il est bordé au nord-ouest par les Monts du Cantal, à l'est par la Margeride et au sud par les plateaux calcaires des Grands Causses. Sa superficie est d'environ 3000 km2.

 

Les zones naturelles

Blocs erratiques
Blocs erratiques © G DIAZ

Le terme « Aubrac » signifie lieu élevé (Alto) et humide, boueux (Braco). Il doit en fait son nom à l’ancienne dômerie d’Aubrac « installée » à 1350 m d’altitude par un comte d’origine flamande qui a fondé l’Abbaye d’Aubrac en 1120, au voisinage du point le plus haut du plateau, pour protéger les pèlerins qui descendaient la via Podiensis (chemin de St Jacques) en direction de l’Espagne.

Le haut plateau ouvert

Le haut plateau ouvert, doucement ondulé, constitue le « cœur » de l'Aubrac, offrant les paysages les plus emblématiques du territoire. 

C'est essentiellement la forêt qui délimite le nord, l'est et le sud-est des vastes horizons ronds et souples du plateau ouvert de l'Aubrac, qui s’étend sur environ quarante kilomètres. Au sud-ouest, les montagnes d'Aubrac, qui s'allongent en une chaîne de sommets arrondis culminants à 1 469 m d'altitude, marquent la limite du plateau, qui au-delà bascule vers les boraldes, ces longues pentes qui dévalent vers la vallée du Lot. A l'ouest et au nord-ouest, le plateau de la Viadène constitue un palier inférieur par rapport à l’Aubrac, où le paysage devient bocager.

L’arbre reste rare sur les estives de l’Aubrac. Seuls quelques hêtres occupent les pentes des montagnes, et des bandes boisées (principalement composées de résineux) ont été installées pour protéger les animaux d'élevage des rigueurs du climat ou pour éviter la formation de congères sur les routes.

Abondamment arrosées par plus de 1 500 mm de précipitations annuelles (dont une partie en neige), les pelouses d'altitude sont favorables à l'élevage. Là, le plateau apparaît presque partout criblé de gros rochers qui ponctuent ces milieux ouverts. De longs murs de pierres dessinent des lignes, en délimitant les centaines de montagnes d'estives, ainsi que de nombreux chemins de transhumance bordés de murets de pierre sèche = les « drailles ». Quelques burons bâtis en blocs de basaltes marquent le paysage et viennent rompre l’uniformité des plateaux herbagés.

C'est sur le plateau ouvert que l'on rencontre les lacs d'origine naturelle, hérités de la période glaciaire : lacs de Saint-Andéol, de Born, de Souveyrols, des Salhiens. Si les pelouses elles-mêmes sont riches écologiquement, accueillant des espèces rares, elles sont plus intéressantes encore lorsqu'elles se transforment ponctuellement en tourbières ou sagnes à la faveur des inflexions de terrain.

Enfin, la rudesse du climat du haut plateau freine depuis toujours l'occupation humaine de cette zone : quelques fermes parsèment l'espace mais les villages restent rares.

Le haut plateau fermé

La forêt domaniale d'Aubrac
La forêt domaniale d'Aubrac © G DIAZ

Le haut plateau boisé constitue un territoire de transition entre le « cœur » de l’Aubrac et la Margeride. Il dessine un croissant de cinq à dix kilomètres de largeur, entourant la frange est de l'Aubrac. "L'Aubrac boisé" est caractérisé par l'imbrication étroite de bois et de prairies.  

Au niveau forestier, cette zone est principalement couverte de futaies de conifères (pins sylvestres sur une large partie) mais également de forêts mélangées (notamment à l'extrême sud où les chênes pubescents sont majoritaires).

Plusieurs massifs boisés de taille importante couvrent le rebord est de l'Aubrac, comme le massif du Truc de l'Homme qui s'étend sur 2 000 hectares. 

Les villages les plus importants occupent généralement les fonds de vallées, calés sur le rebord, formant de beaux sites (exemple du village d'Anglars, sur la Bedaule) tandis que les hameaux occupent parfois des sites plus dominants, sans jamais coiffer de sommets, trop exposés aux intempéries. Le bâti traditionnel est en granite à toits de lauzes en écailles.

Les Boraldes

Les boraldes désignent les longues croupes qui dévalent 900 m, des sommets de l'Aubrac vers la vallée du Lot. La forme des vallées trahit la présence du schiste, l'érosion ayant décapé les basaltes hérités des coulées volcaniques. Ces vallées et plus globalement les boraldes ne sont pas sans rappeler, à une échelle moindre, les paysages des pentes cévenoles ; le Châtaignier est d'ailleurs présent, renforçant cette impression. A l'aval, les dépôts sédimentaires gréseux et surtout calcaires se maintiennent à la faveur de replats, annonçant les paysages de la vallée du Lot et des avant-causses.

Les vallées, trop raides pour être habitables, restent essentiellement boisées, tandis que les replats des croupes et leurs flancs moins raides accueillent les espaces ouverts et cultivés. Les « puechs » plus exposés qui dominent les croupes restent également boisés, portant un manteau forestier aux reliefs mouvementés. 

Le fort dénivelé est propice à un gradient de végétation bien affirmé. Les hauts de pentes portent des forêts de hêtres et de résineux (épicéas, sapins), tandis qu'à l'aval les chênes et les châtaigniers dominent, laissant même la place à une influence méridionale qui se lit par la présence de fruitiers et de noyers.

Les villages s'implantent pour la quasi-totalité sur les croupes proches de la vallée du Lot ou de la Colagne, souvent à la faveur d'une exposition sud bien marquée : Montagut, Nogardel, Saint-Pierre-de-Nogaret, Trélans, le Besset, Saint-Germain-du-Teil, Combret, les Salces, Fabrèges. Ils composent ainsi des sites bâtis lisibles et de qualité, traits remarquables des boraldes. 

Le Caldaguès

La presqu'île de Laussac sur le barrage de Sarans
La presqu'île de Laussac sur le barrage de Sarans © D TARRISSE

C’est dans ces gorges très encaissées, aux versants raides et fortement boisés, que le minéral est le plus présent, sous forme de blocs dégagés par l’érosion. De nombreux ruisseaux (Remontalou, Levandès, ruisseaux de Maleval, de Nazat, etc.) ont entaillé la surface du plateau de l'Aubrac, multipliant les vallons et les gorges et donnant naissance à des paysages très compartimentés. 

La partie cantalienne de la vallée de la Truyère correspond à la région du Caldaguès, un plateau à la topographie très mouvementée établi dans des roches cristallines (gneiss et schistes).

La basse vallée du Bès (principal affluent de la Truyère) offre, au niveau de ses gorges, des paysages spectaculaires. Sur les versants, colonisés par des boisements clairs de Hêtre et de Pin sylvestre et des landes ouvertes, de nombreux rochers surplombants rendent également le minéral très présent.

En aval de la centrale hydroélectrique du Vergne, le Bès mêle ses eaux à celles de la retenue du lac du barrage de Granval qui prolonge la vallée du Bès. Dans ce secteur, jusqu’à la Truyère, les cultures de maïs et de céréales alternent avec les prairies, formant, pendant la période de végétation, un damier végétal propre aux régions de polyculture.

La Truyère entre dans le département de l’Aveyron au barrage de Sarrans, conduisant au Carladez. Dans la partie aveyronnaise, la Truyère traverse une région de « pays coupés » constituée de zones planes creusées de rivières. Chênaies et hêtraies recouvrent les flancs raides des plateaux portant des parcelles consacrées à l’élevage, délimitées par des haies.

La fermeture des paysages engendrée par le relief est renforcée par la forêt qui recouvre les pentes des vallons, souvent de la base des versants jusqu’au rebord des plateaux. Les plateaux, quant à eux, sont le domaine des prairies et de quelques cultures de céréales. La déprise y est plutôt rare et l’espace agricole bien entretenu. Les paysages y sont ouverts, un réseau bocager peu dense tend à le compartimenter localement.

L’habitat est groupé. Le granite est le principal matériau de construction des murs, associé au schiste pour la toiture (lauzes). Les hameaux et les bourgs se répartissent presque systématiquement en position dominante : rebord de plateau, tête de vallon, revers de colline, etc. et recherchent une exposition sud ou sud-est. Seule la commune de Chaudes-Aigues s’est implantée en fond de vallée, en bordure du Remontalou, ce qui s’explique par la présence d’eaux chaudes naturelles (82°C). 

La Margeride

Paysage de Margeride et piquets de clôtures en granite
Paysage de Margeride et piquets de clôtures en granite © SMP-PNR-AUBRAC

Le plateau de la Margeride se maintient autour de 1 000 m d’altitude, il se présente comme une succession de collines aux formes arrondies séparant des fonds aplanis. Ces forment trahissent la présence du granite. Le sable ou arène, issu de l’érosion, s’accumule et nappe les fonds jusqu’à les aplanir régulièrement. Le pin sylvestre, qui domine largement, constitue des lisières progressives entre espaces boisés et espaces ouverts. Paysages boisés et agricoles s’enchainent en un fondu très original qui fait le caractère de cette région. Comme à l’Ouest du plateau, les frênes émondés sont présents, notamment dans les vallées.

Pin et granite sont les motifs récurrents de la Margeride. Ils laissent une image un peu austère, surtout en hiver, lorsque les aiguilles sombres maintiennent une opacité visuelle. Cependant, les zones ouvertes, plus cultivées que celles du plateau boisé de l’Aubrac et la présence de l’axe autoroutier traduisent une activité humaine plus marquée.

A l’Est les Monts de la Margeride dominent ce paysage.

Le taux de boisement est plus important qu’au niveau du plateau boisé, cette région adopte ainsi une ambiance forestière plus affirmée. Les résineux (pins sylvestres) dominent plus largement, à l’exception des rebords Sud de la Margeride, schisteux, mais qui ont été inclus dans cette sous-entité. Ils font la transition avec les Boraldes et dominent les plateaux calcaires.

Les gorges et la vallée du Lot

Le Lot à Espalion
Le Lot à Espalion © Office de tourisme d'Espalion

Descendu du mont Lozère, le Lot longe le massif de l'Aubrac d’est en ouest. Suivant la nature des terrains, le Lot traverse des bassins fertiles (autour de St Geniez d'Olt ou d'Espalion, par exemple) avant de s'encaisser dans des défilés rocheux, entre Estaing et Entraygues. Ces terres, plus hospitalières que le haut plateau de l’Aubrac, sont dédiées à la culture de céréales, d'arbres fruitiers et de vigne sur les coteaux d'Estaing.

Le Lot a de tout temps joué un rôle majeur pour le développement économique : support indispensable aux tanneries d’Espalion comme aux filatures de Saint Geniez d’Olt, force motrice des moulins égrenés sur ses rives ou celles de ses affluents, transport du bois par flottage, des vins et fromages, châtaignes et noix, batellerie (Entraygues) qui faisait vivre toute une population de mariniers et de charpentiers de bateaux.

Ville de contact entre des régions complémentaires, Saint Geniez d’Olt fut appelé à jouer un rôle économique au XVIIIème siècle : moulins et tanneries, clouteries, fabrication et commerce des draps, en ont fait au XVIIIe siècle la troisième ville du Rouergue, derrière Rodez et Villefranche. Espalion a longtemps disputé à Saint-Geniez d’Olt la place de capitale du Pays d’Olt et même de la « Montagne » aveyronnaise, favorisée par une position stratégique à la croisée des axes qui traversent le Haut Rouergue en Aveyron.

La Viadène

Le site de Bez-Bédène
Le site de Bez-Bédène © R DENGREVILLE

Sur les contreforts du plateau, au bord des gorges de la Truyère et de la vallée du Lot, la Viadène offre un paysage aux multiples visages.
Le plateau de la viadène culmine entre 700 et 900 m et offre de vastes pâturages où l'élevage bovin prédomine. En quelques kilomètres, le paysage se modifie pour donner une vue d'ensemble de plus en plus pittoresque, l'altitude passant de 60 à 200 m. On rejoint ainsi le "Pays des Côtes" dit "Pays des Coustoubi", où croissent châtaigners, vignes et arbres fruitiers.

Plusieurs sites naturels et de nombreux points de vue offrent un panorama exceptionnel (Le Puy de Montabès, le château de Thénières, le Pic du castel). Sans oublier les sites de Bez-Bédène, village bati sur un éperon rocheux et du Saut du Chien, cascade d'eau et de granite, magnifique canyon en bordure des gorges de la Truyère.

Ici, l'économie traditionnelle se traduit depuis des temps immémoriaux par l'usage de l'eau (foulons, scieries, forges et moulins). Aujourd'hui, l'aménagement de ces cours d'eau permet de produire de l'électricité, tout en s'intégrant au paysage et en favorisant le développement touristique avec la création de lacs et plans d'eau.

 

Une géologie particulière

Affleurement d'orgues basaltiques
Affleurement d'orgues basaltiques © R DENGREVILLE

Culminant à 1469 mètres, au signal de Mailhebiau, le massif de l’Aubrac conserve de nombreux témoins d’une activité volcanique passée : présence de coulées de basalte fluide et de matériaux projetés, cônes de scories, orgues ou prismes basaltiques, lacs de lave dégagés par inversion de relief...

La formation de l'Aubrac

L'Aubrac est un massif volcanique relativement ancien (5 à 9 millions d'années) par rapport aux volcans de la chaîne des Puys qui eux, n'ont que quelques milliers d'années. Il prend la forme d'une échine basaltique allongée (30 km de long), de direction nord-ouest/sud-est, surmontant un socle granitique.

Malgré ces éruptions, les sommets de l'Aubrac sont en général peu marqués car les coulées volcaniques ont été fluides et ont semble-t-il construit peu de volcans bien individualisés (ou alors ceux-ci ont été érodés lors des phases chaudes de la fin du tertiaire ?). En fait, les rares sommets notables ont plutôt été dégagés par l'érosion glaciaire au quaternaire.

Les plateaux granitiques

Le nord et l'est de l'Aubrac sont constitués de granites comme la Margeride voisine. On y observe des chaos granitiques particulièrement nombreux dont les silhouettes dessinent des empilements de gros blocs fendus de toutes parts. Les plateaux de la Viadène et du Caldaguès, au nord-ouest, en balcon au-dessus de la Truyère, sont également constitués d'une large intrusion granitique entourée de roches métamorphiques (schisteuse).

Schistes et Gneiss

Sur le rebord sud du plateau, les principaux matériaux sont des gneiss et des micaschistes.

Basaltes

A la  fin de l'ère tertiaire, des coulées de lave se sont répandues depuis le Puy de Gudette (à l'extrème sud du Cantal) vers les Salhiens et la cascade du Déroc, recouvrant toute la partie occidentale du plateau. Le refroidissement rapide de cette lave a provoqué un débit du basalte en prismes donnant un aspect de voie dallée connu sous le nom de "chaussée de géants" (cf. photo ci-contre).

Dépôts glaciaires

La crête basaltique domine au nord-est un haut plateau granitique (altitude moyenne : 1 200 m) qui a la particularité d'avoir été recouvert d'une grande calotte glaciaire (500 km2 et 200 m d'épaisseur) à l'ère quaternaire (pléistocène) et à 3 reprises. Les glaciers ont laissé des marques visibles un peu partout (vallées en auge en périphérie - comme celle du Bès au nord ou de la Biourière au sud - moraines, drumlins, blocs erratiques, roches moutonnées) ainsi que des dépôts étendus d'alluvions. Ces dépôts sont parfois exploités (sablières d'Usanges). Quant aux zones de surcreusement glaciaire (ombilic), elles sont souvent occupées par des zones humides, dont un grand nombre de tourbières, et parfois des lacs. Ces derniers ont pu aussi se former en amont de barrages morainiques.

Les gorges et vallées

Les vallées qui coupent le haut plateau de l'Aubrac, la région des Boraldes, la vallée du Lot, la haute vallée de la Truyère et la vallée du Bès sont caractérisées par les nombreuses formes glacières qui ont persisté.

 

Un climat rude, continental

Congère sculptée par l'Ecir
Congère sculptée par l'Ecir © R DENGREVILLE

L'altitude de l'Aubrac s'échelonne de 200 mètres en fond de vallée à 1 469 mètres au Signal de Mailhebiau, le point culminant.

Une ligne de faîte se dessine sur l'Aubrac selon un axe nord-ouest/sud-est dont les principaux sommets sont :

  • Le Puy de la Tuile à 1 286 m
  • Le Roc de Cayla à 1 298 m
  • Le Puy de Gudette à 1 427 m
  • Les Truques d'Aubrac à 1 439 m
  • Le Puech d'Alte-Teste à 1 448 m
  • Le Signal de Mailhebiau à 1 469 m

Les hommes se sont historiquement installés à la périphérie de la zone sommitale de l'Aubrac. Cependant, 43 communes sont au-dessus de 1 000 m et regroupent 27% de la population.

L'Aubrac bénéficie d'un climat général continental dit « montagnard » nuancé par la diversité topographique du territoire :

  • Influence océanique à l'ouest avec des précipitations qui augmentent avec l'altitude
  • Influence méditerranéenne (plus marginale) au sud où le haut plateau offre une protection naturelle au secteur des Boraldes qui possède un climat doux (avec un impact sur la faune)
  • Influence continentale en Caldaguès et Pays de Peyre.

Le haut plateau se caractérise par la présence de vents que rien n'arrête et des précipitations importantes (en moyenne 1 200 à 1 600 mm par an).

La neige peut recouvrir les sommets et s'installer durablement, selon les hivers, d'octobre à mars. Les hivers sont donc longs et rigoureux, les printemps et automnes sont courts et les étés relativement frais. Les températures moyennes annuelles sont pour les minima de 2,1°C et pour les maxima de 11,6°C.

 

Une région d'élevage de moyenne montagne

Taureaux de race Aubrac
Taureaux de race Aubrac © G DIAZ

L’Aubrac est caractérisé par la prégnance du monde agricole sur l’économie et la vie locale. La production agricole est omniprésente et s'est structurée autour de filières solides en harmonie avec les potentialités du territoire. Les traditions d'hier se prolongent désormais dans une économie dynamique.

L'agriculture sur le plateau de l'Aubrac

En 2012, la part d'agriculteurs dans la population active du plateau est encore de 16 %. L’exploitation moyenne de l’Aubrac détient environ 40 vaches pour 70 hectares de prairies naturelles. L’élevage bovin allaitant est largement dominant sur le territoire (94% des exploitations). Hérité des moines de la dômerie d’Aubrac qui ont créé la race « Aubrac » vers le 12e siècle, il est particulièrement bien adapté à l’exploitation de la ressource herbagère et fourragère du plateau.

Par ses choix de modes de production respectueux de l’environnement, du maintien de sa race locale, de valorisation de la qualité à travers de nombreux Signes Officiels de Qualité, l’agriculture de l’Aubrac a su placer son développement sous le signe du progrès, de la viabilité des exploitations, de la capacité à installer de jeunes agriculteurs et des attentes sociétales. L’Aubrac est ainsi reconnu au niveau national et européen comme l’un des modèles de l’agriculture durable.

 L’histoire récente de la race Aubrac

L'utilisation des bœufs de travail
L'utilisation des bœufs de travail

Rustique, la race Aubrac possède des qualités d’élevage reconnues : facilité de vêlage, qualités maternelles, capacité à se reproduire... Outre son excellente productivité et son aptitude à la marche sur parcours extensif, la race d’Aubrac est très bien intégrée au plateau à travers la valorisation de fourrage grossier et économique, qu'elle consomme en estives entre mai et octobre de chaque année.

Dans la période de l’après-guerre, le plateau de l’Aubrac doit faire face à une crise de son modèle traditionnel basé sur l’élevage de la race Aubrac et sur la production fromagère dans les burons.

Face à l'intensification et la spécialisation des zones agricoles, l’Aubrac s’est alors confronté à une forte concurrence des régions voisines, concurrence accentuée par les faibles performances laitières des vaches de race Aubrac, générant une trop faible quantité de lait et ne permettant pas une fabrication suffisante de fromage.

Cet élan moderniste de l’agriculture s’est traduit par l’abandon progressif de la traite dans les estives, de la fabrication fromagère, entraînant la fermeture de la majorité des burons. Par ailleurs, au début des années 1960, la généralisation de la mécanisation dans les campagnes françaises a provoqué l’arrêt définitif de la production de bœufs de travail vendus appariés et même dressés, qui constituait une source de revenus importante en Aubrac.

L’effondrement qui s’ensuivit conduisit les éleveurs à s’engager dans de nouvelles orientations. Ce fut notamment le cas pour la production de broutards (animaux maigres de 8 à 9 mois) issus de croisement avec des bovins de race charolaise et vendus l’automne dans des élevages transalpins finissant l’engraissement.

Cette solution de croisement a séduit de nombreux éleveurs, à l’époque où la traite des vaches Aubrac a été abandonnée, et a donc contribué, un temps, au maintien de la race. Cependant, cette généralisation massive du croisement a engendré, une baisse importante des effectifs des bovins Aubrac de race pure, passés de 274 000 têtes en 1958 à 102 000 têtes en 1972 puis 56 000 têtes en 1979 (Source : Union Aubrac).

La situation critique du cheptel Aubrac, atteinte en 1979, a engendré un appauvrissement du patrimoine génétique de la race et a provoqué une mobilisation locale qui s’est concrétisée par la création de l’Union Aubrac, structure :

  • qui a joué le rôle d’unité de sélection et de promotion de la race,
  • qui a instauré une politique de conservation, adaptée aux méthodes extensives d’élevage
  • et qui a lancé d’un « Programme Aubrac » basé sur l’amélioration des qualités d’élevage de la race dans son milieu et dans son époque. 

Cette action a abouti à un réel retournement de situation, en passant d’une sauvegarde de la race à une véritable promotion et valorisation. Ceci s’est notamment concrétisé dans les années 90, par l’obtention de Signes officiels de qualité « Fleur d’Aubrac » et « Bœuf Fermier d’Aubrac ».

La race Aubrac connaît une hausse continue des ses effectifs depuis près de 20 ans avec un développemet sur tout le territoire national. Depuis plusieurs années, elle est désormais exportée en grand nombre, sous forme de semences, reproducteurs ou animaux de boucherie vers toute l’Europe, mais aussi les Etats-Unis, la Nouvelle Zélande et la Russie. De 56 000 vaches en 1979, elle avait doublé cet effectif en 2000 et a franchi le seuil des 164 000 vaches en 2011.

L’évolution de la production fromagère en Aubrac

La filière laitière en Aubrac
La filière laitière en Aubrac © Syndicat de défense et de promotion du fromage de Laguiole AOP

Parallèlement à la réflexion engagée sur le devenir de la race Aubrac, à partir des années 1970, des initiatives ont été entreprises sur la production fromagère. En effet, en 1883, on comptait 300 burons avec 1 200 « buronniers » produisant 700 tonnes de fromages ; dans les années 1950, il ne restait que 55 burons en activité, la production de fromage Laguiole n’était plus alors que de 25 tonnes.

Les contraintes économiques difficiles de l’après-guerre, la diminution de la consommation, due à une baisse démographique et les difficultés importantes dans le recrutement de main d’œuvre dans les burons, aux conditions de vie austères et difficiles, amènent de jeunes agriculteurs à rechercher des solutions en adéquation avec les aptitudes de leur territoire avant une disparition définitive de la production fromagère sur le plateau.

Une coopérative (Jeune Montagne) voit le jour en 1960 à la Terrisse, avec une cinquantaine de producteurs. Les responsables cherchent à s’organiser, maintenir une production, un savoir-faire, en s’appuyant sur l’innovation et la modernité. En se regroupant, ils vont maintenir la production fromagère tout en la rationalisant : « les méthodes de fabrication ne sont pas différentes de celles utilisées autrefois dans les burons, seul le matériel et les conditions d’hygiène ont évolué. Cela donne lieu à une parfaite adéquation entre tradition, identité et modernité ».

A partir de là, la coopérative va essayer d’améliorer la qualité du fromage Laguiole avec la généralisation dans les cheptels d’une race laitière mieux appropriée : la Simmental française.

La tradition du Laguiole est maintenue, et à partir de 1961, le Syndicat de Défense et de Promotion du fromage de Laguiole obtient l’Appellation d’Origine Contrôlée. En 1970, la coopérative regroupe 400 producteurs produisant 4 millions de litres de lait. L’installation de quotas laitiers et l’attribution en 1980 de la prime à la vache allaitante ont alors bouleversé le schéma en place. Le nombre d’adhérents chute de 150 en 1981 à 90 en 2000.

La coopérative Jeune Montagne s'inscrit alors dans une stratégie de filière courte et localisée, avec des règles exigentes concernant l'alimentation des vaches laitières (absence d'ensilage dans la nourriture...) et les règles de fabrication du fromage.

Ces choix ont été porteurs d'un renouveau du Laguiole et ont permis de diversifier les productions avec, par exemple, la fabrication de l’aligot, plat local conjuguant valeurs historiques et traditionnelles avec un process de fabrication et de commercialisation contemporain. Aujourd’hui, la coopérative regroupe 80 adhérents et 60 salariés, produisant 10 millions de litres de lait.

A noter que la filière laitière est également organisée par des acteurs de plus petite dimension : laiterie d’Aumont-Aubrac, fromagerie de l’Ecir, Coopérative de Thérondels, Producteurs fermiers, Buron de Caméjane.

 

L'omniprésence de l'eau

La Cascade du Déroc
La Cascade du Déroc © G DIAZ

Le plateau de l'Aubrac est ceinturé par les vallées du Lot au sud, de la Truyère au nord et à l'ouest et de la Colagne à l'est. Cette frontière naturelle se dessine également sur la partie est où les vallées de la Truyère et de la Colagne, « reliées » par un canal, « séparent » le massif de l'Aubrac de la Margeride.

La Truyère

La Truyère prend sa source dans la montagne de la Margeride. Elle marque la limite est et nord-ouest du territoire. Ponctuée par un complexe hydroélectrique qui couvre une grande partie de son cours, le « système Truyère » constitue une pièce maîtresse du réseau électrique français grâce à une puissance importante et une grande souplesse de fonctionnement. Il est reconnu d'intérêt national. Plusieurs retenues d'importance (Grandval, Lanau) sont le support d'activités de loisirs aquatiques.

Le Bès

Rivière emblématique de l'Aubrac, le Bès prend sa source à 1 440 m d'altitude et draine quasiment toutes les eaux à l'est de la ligne de crête basaltique. Sur une distance de 31 km le Bès présente différents profils :

  • ruisseau tortueux au milieu des pâturages de l'Aubrac en amont
  • rivière plus large parfois encombrée de rochers, du pont de Gournier à la Chaldette
  • gorges à l'entrée de la Margeride transformant la rivière en un torrent assez fougueux
  • élargissement dans les méandres terminaux de son cours, aux abords du barrage de Grandval

Le Lot

Le barrage de Sarrans
Le barrage de Sarrans © D TARRISSE

Descendu du Mont Lozère, le Lot marque la limite sud du massif de l’Aubrac. Suivant la nature des terrains, sa vallée s’encaisse dans des défilés rocheux pour s’ouvrir ailleurs en bassins fertiles. Il reçoit l’apport des eaux de la Truyère son principal affluent à Entraygues. Il a de tout temps joué un rôle majeur pour le développement économique des villes et villages qui le bordent dont certains sont classés parmi les plus beaux villages de France.

Les Boraldes

Les Boraldes désignent un ensemble de petits affluents de la rive droite du Lot qui descendent du plateau de l'Aubrac par son versant sud-ouest. Les Boraldes sont des rivières assez courtes (10 à 30 km), rapides (la plupart d'entre elles dévalent une pente d'environ 1000 m entre leur source et leur confluent avec le Lot) et qui coulent parallèlement les unes aux autres en fonds de sillons boisés très profonds. Ces milieux sont d'une très grande richesse et restent un des secteurs les plus préservés.

La Colagne

Elle prend sa source dans la montagne de la Margeride et marque la limite sud-est du territoire. A son entrée sur le territoire, elle s'enfonce dans d'étroites gorges de schiste et reçoit dans sa partie aval des affluents majoritairement issus de l’Aubrac.

Les lacs

Le lac de Saint Andéol l'hiver
Le lac de Saint Andéol l'hiver © G DIAZ

Le plateau de l’Aubrac est parsemé de nombreux ruisseaux et lacs d’origine volcanique ou glaciaire. Situés au milieu des pâtures pour un grand nombre d’entre eux, ils constituent des éléments marquants des paysages de l’Aubrac et alimentent les affluents du Bès.

Les tourbières et zones humides

L'Aubrac abrite une mosaïque de zones humides d'intérêts hydrologiques, écologiques et patrimoniaux particulièrement remarquables. Les tourbières se sont développées à l'époque périglaciaire dans les dépressions produites lors de la disparition des glaces. Ce sont des espaces remarquables par la présence d'une faune spécifique et d'une diversité floristique importante.

 

Une culture et un patrimoine identitaire

La Cloche des Perdus de l'Eglise d'Aubrac
La Cloche des Perdus de l'Eglise d'Aubrac © JD AUGUY

Les hauts plateaux ouverts parcourus de drailles et parsemés de burons constituent l’image emblématique de l’Aubrac et fondent sa notoriété et sa reconnaissance.

Patrimoine agropastoral

Au 12ème siècle, les moines installés sur l'Aubrac ont tout d’abord défriché la forêt pour y cultiver des céréales. Très vite ils ont constaté son manque de rentabilité et se sont mis à l’élevage d’ovins puis de bovins sur des surfaces où l’herbe était riche. Les conditions climatiques rudes, ne permettant le pâturage qu’une partie de l’année, ont favorisé le développement de la transhumance depuis les zones environnantes et jusqu’au Quercy. Cette pratique qui perdure encore aujourd’hui, a permis le maintien d’une diversité paysagère et d’une richesse biologique mais aussi le développement d’un patrimoine culturel particulier :

  • Les Burons : Ce sont des bâtiments construits sur chaque montagne de traite pour loger le buronnier en charge de la garde du troupeau et de la confection de la Fourme d'Aubrac. Au départ constructions souterraines, les burons sont sortis de terre à compter du 17e siècle. Il ne reste plus qu'1/3 de ces 300 bâtisses de pierres parsemant les montagnes de l'Aubrac ;
  • Les Drailles, chemins bordés de murailles de pierres volcaniques, empruntés pour la transhumance, sillonnent le plateau, soulignant le modelé du plateau ;
  • Un patrimoine archéologique rural médiéval, très rare en Europe, qui comprend une vingtaine de sites en Aveyron et en Lozère, et dont certains ont fait l'objet de fouilles archéologiques.

Artisanat et gastronomie

La race Aubrac, l'Aligot et le Laguiole, symboles de l'Aubrac, conjuguent des valeurs d'histoire, de traditions et de modernité.

Le couteau de Laguiole, couteau rustique ayant la forme d'un poignard et qui était à l'origine utilisé par les paysans de l'Aubrac a aujourd'hui retrouvé ses lettres de noblesse avec une production locale de très haute qualité grâce à de très nombreux artisans du territoire.

Patrimoine architectural

La Tour de Bonnefon
La Tour de Bonnefon © JD AUGUY

L'Aubrac possède un patrimoine architectural remarquable qui se caractérise par son intégration dans le paysage avec des murs de basalte ou en granite et des toitures en Lauzes : 26 sites et 115 monuments sont inscrits ou classés.

Les Boraldes, les vallées du Lot, de la Truyère et de la Colagne comptaient aussi de nombreux moulins rythmant la vie rurale de l'époque.

Patrimoine culturel

Les paysages, issus des conditions climatiques particulières et travaillés par l'homme depuis des siècles, attirent de nombreux artistes, photographes, peintres... séduits par l'atmosphère dégagée et les lumières des grands espaces.

L'Aubrac a su maintenir un tissu associatif particulièrement dense. Les initiatives culturelles visant à promouvoir ou maintenir les traditions et les spécificités du territoire, ponctuent régulièrement la saison estivale : festival de musique classique, rencontres littéraires de l'Aubrac, In musica en Aubrac, Art en chemin, Festival de musique en vallée d'Olt, Transhumances d'Aubrac et de Bonnecombe, Davalada...

Enfin, le chemin de St Jacques de Compostelle, qui traverse l'Aubrac, comprend 2 tronçons (17 km chacun) et 3 ponts médiévaux classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Ce chemin attire une clientèle de plus en plus nombreuse, charmée par les patrimoines naturels, culturels et paysagers de l'Aubrac.

 

Tourisme

L'Aubrac, territoire de randonnée
L'Aubrac, territoire de randonnée © G DIAZ

L’Aubrac constitue une destination touristique prisée qui jouit d’une forte reconnaissance. L’offre et la diversité des activités, notamment de « pleine nature », de découverte des patrimoines, ou de thermalisme, permettent le développement d’un tourisme durable aux 4 saisons. Cette activité constitue le troisième secteur d’emploi et la randonnée pédestre l’activité touristique principale du territoire.

Avec plus de 2000 km de sentiers balisés, la randonnée pédestre est l'activité de pleine nature dominante. Mais le territoire propose également d’autres activités de pleine nature telles que le VTT, la Via-ferrata (croisement entre randonnée et escalade), l’escalade, le canyoning... La pêche représente d'autre part une pratique très importante sur le secteur et notamment la pêche à la mouche.

2 espaces de ski (l’Espace Aubrac et Aubrac Sud Lozère) comprenant 5 stations, des sentiers raquettes, des itinéraires de randonnée nordique, des pistes de ski de fond et quelques pistes de ski alpin viennent compléter ce dispositif au niveau des activités hivernales. Les pratiques hivernales, malgré les aléas climatiques, occupent une place importante au niveau socio-économique et constituent un élément clé de l’identité du territoire.

Randonnée en traineau
Randonnée en traîneau © G DIAZ

Le thermalisme et l'activité de remise en forme sont également pratiqués sur le territoire sur 2 établissements : Les Thermes de Chaudes-Aigues et la Chaldette dans la vallée du Bès.